Les metteurs en scène

1985, création

Ariane Mnouchkine
Ariane Mnouchkine © Martine Franck

Ariane Mnouchkine

Ariane Mnouchkine, née en 1939, fonde la troupe du Théâtre du Soleil en 1964 avec ses compagnons de l’ATEP (Association théâtrale des étudiants de Paris).
En 1970, le Théâtre du Soleil crée 1789 au Piccolo Teatro de Milan, où Georgio Strehler accueille et soutient avec confiance la jeune troupe, qui s’installe ensuite à la Cartoucherie, ancien site militaire à l’abandon et isolé dans le bois de Vincennes, aux portes de Paris. Le Théâtre du Soleil conçoit d’emblée la Cartoucherie comme un lieu qui lui permet de sortir du théâtre comme institution architecturale, prenant le parti de l’abri plutôt que celui de l’édifice théâtral, à une époque où les transformations urbaines en France bouleversent profondément la place de l’humain dans la ville et la position du théâtre dans la cité. Le Théâtre du Soleil trouve, dans la Cartoucherie, l’outil concret de création du théâtre à la fois élitiste et populaire dont rêvait Jean Vilar. Le but étant, dès cette époque qui précède 1968, d’établir de nouveaux rapports avec le public et de se distinguer du théâtre bourgeois pour faire un théâtre populaire de qualité.
La troupe devient ainsi, dès les années 1970, une des troupes majeures en France, tant par le nombre d’artistes qu’elle abrite (plus de 70 personnes à l’année) que par son rayonnement national et international. Attachée à la notion de « troupe de théâtre », Ariane Mnouchkine fonde l’éthique du groupe sur des règles élémentaires : tout corps de métier confondu, chacun reçoit le même salaire et l’ensemble de la troupe est impliquée dans le fonctionnement du théâtre (entretien quotidien, accueil du public lors des représentations). Le Théâtre du Soleil est une des dernières troupes, fonctionnant comme telle, qui existe encore en Europe aujourd’hui.

L’aventure du Théâtre du Soleil se construit depuis près de 50 ans grâce à la fidélité et à l’affection d’un public nombreux tant en France qu’à l’étranger. Son parcours est marqué par une interrogation constante sur le rôle, la place du théâtre et sa capacité à représenter l’époque actuelle. Cet engagement à traiter des grandes questions politiques et humaines, sous un angle universel, se mêle à la recherche de grandes formes de récits, à la confluence des arts de l’Orient et de l’Occident.

 

Repères chronologiques :

1964–1970

En 1964, Ariane Mnouchkine fonde avec ses compagnons de l’ATEP (Association théâtrale des étudiants de Paris) la troupe du Théâtre du Soleil et met en scène son premier spectacle Les Petits-bourgeois, de Maxime Gorki, d’après l’adaptation d’Arthur Adamov, à la MJC de la Porte de Montreuil. La même année, elle coécrit le scénario du film de Philippe de Broca, L’Homme de Rio, produit par son père, Alexandre Mnouchkine.
Le Théâtre du soleil crée ensuite collectivement Capitaine Fracasse, d’après Théophile Gautier, en 1965, La Cuisine, d’Arnold Wesker en 1967 et Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, en 1968, textes adaptés pour le théâtre par Philippe Léotard.
En 1969, le Théâtre du Soleil crée Les Clowns, en collaboration avec le Théâtre de la Commune d’Aubervilliers.
En 1970, le Théâtre du Soleil s’installe à la Cartoucherie du bois de Vincennes que la troupe utilise d’abord comme lieu de répétition, puis transforme en théâtre.

1970-1980

En 1970, le Théâtre du Soleil crée 1789, spectacle sur la Révolution française, au Piccolo Teatro de Milan, dont le deuxième volet 1793, sera créé trois ans plus tard à la Cartoucherie.
En 1974, Ariane Mnouchkine tourne son premier film, lors des dernières représentations de 1789 à la Cartoucherie. Elle offre ainsi aux spectateurs de cette création collective, un témoignage inédit du travail en cours à cette époque au sein de son théâtre.
En 1975, le Théâtre du Soleil crée L’Âge d’or, première ébauche, création collective qui cherche à raconter avec les masques de la Commedia dell’Arte notre monde contemporain..
En janvier 1977, commence le tournage du film Molière , ou la vie d’un honnête homme, réalisé par Ariane Mnouchkine, avec les comédiens du Théâtre du Soleil rejoints pour l’occasion par certains de leurs pairs, comme Jean Dasté. Le tournage durera six mois et ralliera, pour la première fois dans l’histoire du cinéma français, la télévision (Antenne 2, la RAI) à la production du film.
En 1979, le Théâtre du Soleil crée Mephisto, ou le roman d’une carrière, d’après Klaus Mann, dont Ariane Mnouchkine signe l’adaptation.

1981-1998

À partir de 1981, le Théâtre du Soleil entrera dans une période qu’Ariane Mnouchkine pourra ensuite définir ainsi : « le travail du Théâtre du Soleil s’inscrit dans un mouvement dialectique entre la recherche du théâtre contemporain et un besoin périodique d’aller réapprendre aux sources du théâtre ».
En 1981, Ariane Mnouchkine confronte la troupe aux drames historiques de Shakespeare et à ses comédies en cherchant à se mettre à l’école du maître, qui fut aussi bien auteur que directeur de troupe. Ce fut la création de Richard II en 1981, de La Nuit des rois en 1982, et d’Henri IV (1re partie ) en 1984.
À partir de 1985, Ariane Mnouchkine entame une collaboration qui dure toujours avec Hélène Cixous, qui écrira pour la troupe plusieurs pièces inédites, ou en accompagnera le travail collectif.
En 1985, le Théâtre du Soleil crée L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge, d’Hélène Cixous, tragédie contemporaine sur le Cambodge.
En 1987, L’Indiade ou l’Inde de leurs rêves de Hélène Cixous, drame historique qui relate la naissance de l’Inde moderne et la partition de 1947.
En 1989, à la demande de l’Assemblée nationale, Ariane Mnouchkine réalise avec sa troupe un conte de Noël humaniste La Nuit miraculeuse, pour célébrer le bicentenaire de la Révolution française. À cette occasion, l’Assemblée Nationale et la Place de la Concorde lui sont réservées pour quelques nuits de tournage.
Entre 1990 et 1992, Le cycle des Atrides : Iphigénie à Aulis d’Euripide et L’Orestie d’Eschyle (Agamemnon, en 1990, Les Choéphores, en 1991, Les Euménides en 1992).
En 1994, La Ville parjure, ou le réveil des Érinyes, de Hélène Cixous.
Le spectacle a également fait l’objet d’un film réalisé par Catherine Vilpoux, qui fait intervenir, aux côtés des images du spectacle, des documents d’archive relatant le scandale du sang contaminé à l’origine de la fable épique écrite par Hélène Cixous.
En 1995, Tartuffe, de Molière. Le processus de création et la vie de la troupe, pendant les répétitions du Tartuffe, ont fait l’objet d’un documentaire Au Soleil même la nuit, Scènes d’accouchement, réalisé par Éric Darmon et Catherine Vilpoux, en harmonie avec Ariane Mnouchkine.
En 1997, Hélène Cixous collabore à l’écriture de Et Soudain des nuits d’éveil, création collective qui met en scène l’exil et l’anéantissement du peuple tibétain.

1999-2006

En 1999, Tambours sur la digue, sous forme de pièce ancienne pour marionnettes, jouée par des acteurs, d’Hélène Cixous, dont Ariane Mnouchkine tourne une adaptation cinématographique en 2001 à la Cartoucherie avec les comédiens du Théâtre du Soleil.
En 2003, le Théâtre du Soleil créé Le Dernier caravansérail (Odyssées), spectacle fleuve en deux volets (Le Fleuve Cruel et Origines et Destins) qui relate les destins des réfugiés de par le monde.
Ariane Mnouchkine en signera l’adaptation cinématographique, entièrement tournée à la Cartoucherie, transformée pour l’occasion en véritable studio de cinéma.

2006-2012

En décembre 2006, le Théâtre du Soleil créé Les Éphémères, spectacle en deux recueils.
En février 2010, le Théâtre du Soleil crée Les Naufragés du Fol Espoir (Aurores), création collective mi-écrite par Hélène Cixous, librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne, qui a fait l’objet d’une  adaptation cinématographique.

Depuis 2013

Retour au plateau pour les répétions de la nouvelle création de la compagnie: Macbeth, de Wiliam Shakespeare, est créé le 2 mai 2014 à la Cartoucherie.
Le 29 mai 2014, le Théâtre du Soleil célèbre ses cinquante premières années d’existence.

 

2013, recréation

Georges Bigot © Michèle Laurent.
Georges Bigot © Michèle Laurent.

Georges Bigot

a été acteur au Théâtre du Soleil de 1981 à 1992. Sous la direction d’Ariane Mnouchkine, il a joué dans Richard II, La Nuit des rois et Henri IV de William Shakespeare, L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge et L’Indiade de Hèlène Cixous, ainsi que dans Iphigénie à Aulis d’Euripide ; Agamemnon et Les Choéphores d’Eschyle. En 1986, il reçoit le prix du meilleur acteur, pour le rôle du prince Norodom Sihanouk, décerné par le Syndicat national de la critique. Depuis 1992, il a joué dans de nombreuses pièces parmi lesquelles Figaro Divorce de Ödon Von Horvath (1993); Le Grain et la balle d’après Samuel Beckett (1994) ; Sauvés d’Edward Bond (1997) ; Le Cid de Corneille (1999) ; Titus Andronicus de Shakespeare (2003) ; La Vie de Galilée de Bertold Brecht (2004) ; La Mouette de Tchekov (2006) ; Ciels de Wajdi Mouawad (2010). Il a notamment mis en scène La Dispute de Marivaux (1994) ; La Mouette de Tchékhov (2001) ; Ail d’Hélène Cixous (2012) ; L’Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (Première Époque) d’Hélène Cixous (2011) ; CAFI de Vladia Merlet (2012). Il enseigne depuis 2009 à L’École nationale supérieure de l’académie de Limoges. Il a dirigé le festival de théâtre Les Chantiers de Blaye de 1996 à 2001.
 
 

Delphine Cottu @Charlotte Corman.
Delphine Cottu ©Charlotte Corman.

Delphine Cottu

Delphine Cottu est comédienne. Elle a été formée à l’école l’Embarcadère à Besançon puis au conservatoire de Région de Tours, ainsi qu’ auprès de Stuart Seide, Eloi Recoing, Lucas Belvaux, Anne Marie Fijal, Laurent Pelly, Michel Azama, Christophe Rauck, Dan Jemmet, Joséphine Derenne, et Olivier Werner.  En 1997, elle intègre le Théâtre du Soleil  et jouera sous la direction d’Ariane Mnouchkine jusqu’en 2009 dans : Et Soudain des Nuits d’Eveil, Tambours sur la Digue, Le Dernier Caravansérail et Les Ephémères. Parallèlement elle mène un travail de pédagogie en donnant des stages pour des comédiens et des étudiants en France, au Maroc , en Argentine et en Israël.  En 2007, elle collabore avec Charles-Henri Bradier pour sa création de L’Arbalète magique. En 2010 elle joue sous la direction de Paul Golub dans La Puce à l’oreille de Feydeau. La même année, Ariane Mnouchkine la missionne avec Georges Bigot pour remettre en scène L’Histoire Terrible mais Inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge avec les acteurs cambodgiens de Phare Ponleu Selpak. Depuis elle a travaillé avec le réalisateur Yves Angelo et les étudiants de l’ENS Louis Lumières. En 2012 elle rencontre Joël Pommerat avec qui elle entame des ateliers de recherche. En 2013, elle joue sous la direction de Jean Bellorini dans Liliom de Ferenc Molnar pour le Printemps des Comédiens à Montpellier ; la pièce sera reprise en 2014 au Théâtre de l’Odéon à Paris.